Mes chers Amis,
Hier, nous avons voté : nous avons voté la création de l’alliance, nous avons voté le
départ de
l’UMP, nous avons voté la Charte des valeurs.
Voilà ce qu’il s’est passé hier dans cette vieille famille politique qu'est le Parti
radical lors de son 111e Congrès. 111 congrès qui, d'année en année, ont donné au radicalisme ses valeurs, sa force et sa modernité. 111 congrès qui ont marqué, les uns après les autres,
l'histoire du pays. 111 congrès qui ont fait, à leur manière, la France, car ils ont fait la République.
Et bien, ils l'ont fait à nouveau hier, grâce à un vote d'une totale clarté. Un vote de
clarté sur l'avenir, un vote de clarté sur les valeurs et sur cette charte que nous avons rédigée ensemble, cher André. Oui, les Radicaux ont voté. Et ils l'ont fait après un long processus démocratique.
C'est comme ça, chez nous : on discute, on débat, on le fait librement, dans le respect pour trouver le bon cap.
Je sais que c'était votre attente, voire votre impatience. Les Radicaux ont choisi. Les
Radicaux ont tranché. Pour nous, l'Alliance est née !
Ce n'est pas une Alliance pour les quelques mois qui viennent, mais pour des décennies.
Au fond, nous créons la force politique que la France attend, avec nos amis républicains, écologistes,
sociaux-démocrates, démocrates-chrétiens.
C'est l'alliance des femmes et des hommes qui ont choisi la fidélité à leurs idées, à
leurs valeurs, à leurs engagements. C’est une alliance qui dépasse les clivages, qui décloisonne, qui bouscule les vieilles habitudes, et qui invente la politique de demain. C’est l’alliance des
Français qui ne se résignent pas, l’alliance d’un peuple qui a, en lui, des ressources intactes pour l’avenir. Cette alliance est une force. C’est la force qui va.
Ils portent tant d’autres noms, tous ceux qui nous ont rejoints, et tous ceux qui
viendront bientôt nous rejoindre. Centristes, libéraux, républicains, écologistes, sociaux-démocrates, démocrates chrétiens, gaullistes sociaux. Du centre droit et du centre gauche. D’ici et
d’ailleurs.
Ce n'est pas une rencontre de hasard... C'est une refondation. Ce n'est pas un accord
de boutique. C'est une alliance. J'irais même plus loin : c'est une double alliance ! Alliance devant les Français, alliance avec les Français.
Elle emporte les intérêts particuliers comme les ambitions personnelles. Elle emporte
la division, le dénigrement et l’anathème. Car il n'y a pas de divisions qui vaillent, pas d'intérêts qui tiennent, face au combat que nous allons livrer ensemble. C'est un combat pour une France
qui va loin. Une France qui voit haut.
Nous prenons aujourd'hui notre indépendance et nous quittons l'UMP. Si nous le faisons,
c'est pour refonder notre famille politique. Si nous le faisons, c'est pour nous adresser aux Français. C'est pour répondre aux besoins du pays.
De quoi manquons-nous le plus aujourd'hui ? De vision ! De vision et d'avenir !
Je vous propose de mettre la France en projets. D’ouvrir les chantiers prioritaires
dont le pays a absolument besoin.
Le premier de ces chantiers, chère Rama, cher Hervé, c'est l'éducation. De l'éducation
des tout-petits à la formation des plus grands. De l'apprentissage des savoirs fondamentaux à la maîtrise des savoir-faire. De la lutte contre l'illettrisme à la promotion de l'excellence. Ce qui
a fait la République, c'est l'instruction gratuite, laïque et obligatoire, les cours du soir des Arts et Métiers et la Sorbonne. Ça a fait la République et ça a fait notre croissance ! Qu'un seul
de ces trois piliers vienne à manquer, et c'est tout l'édifice qui s'effondre.
Le problème de l'éducation, ce n'est pas le problème des enseignants. Arrêtons de leur
faire porter le poids de notre responsabilité collective. L’éducation, c’est d’abord l'enfant. Et il faut tout un village pour éduquer un enfant. Ce village, c'est nous, c'est vous. C'est le
maire, c'est l'urbaniste, c'est l'éducateur sportif, c'est le musée, ce sont les associations, les médecins, les voisins, les assistantes sociales, c’est toute une chaîne qui prend en charge
chaque enfant et en assume la responsabilité. Parce que l'échec d'un enfant, c'est toujours un échec collectif.
Mais au-delà de l'enfant, au-delà de cette entrée dans la vie qui conditionne la vie
toute entière, le
pays doit armer chaque citoyen pour faire face aux défis de notre temps. Oui, je veux
65 millions de citoyens armés pour affronter l'avenir. Armés en connaissances,
en savoir-faire, en compétences et en métier.
Car, au fond, dans un pays, il n'y a qu'une seule chose qui compte : le capital humain.
Vous voulez de la croissance ? Investissons dans le capital humain ! Investissons dans les hommes et dans leur intelligence ! Dans les écoles et dans les CFA, dans les collèges et les
laboratoires, dans les universités et les lycées professionnels ! On croit souvent que la croissance est une donnée macro-économique, une réalité qui viendrait d'ailleurs. Non, mes chers Amis, elle est là. Elle
vient des 65 millions de Français. Elle vient de ce formidable capital humain
qui a fait la grandeur de la France.
Oui, il y a un génie français. C'est le génie de l'intelligence, de son école et de son
université. Mais c’est aussi, son génie industriel. Et c'est le deuxième chantier que je vous propose d'ouvrir ensemble. Nous avons en France des leaders industriels mondiaux. Nous avons, dans
nos territoires, des petites et moyennes entreprises. Le problème de l'industrie, ce n'est pas un problème de CAC40, de grandes industries, ni de PME-PMI. C'est, en fait, un problème de
filières.
Un problème de relations. De relations entre les grands groupes et leurs
sous-traitants. C'est un problème de directeur des achats, qui souvent, pour quelques centimes d'euros, ira acheter ailleurs plutôt qu'ici. Je vous le dis : nos grandes industries seront les
premiers leviers de la croissance, le jour où elles seront reconnectées aux petites et moyennes entreprises.
La croissance, cette croissance qui vient de l'intérieur, nous la construirons avec
notre industrie. Mais nous la construirons aussi en répondant aux grands défis stratégiques mondiaux : l'énergie, la mer et les océans, la biodiversité, l'agriculture durable, bref la croissance
verte !
Cette croissance n'est pas qu'un concept : c'est le véhicule électrique, c'est les
réseaux intelligents, c’est l’assainissement, c'est le solaire, l'éolien, la géothermie, le bois, la filière bio… Ce sont des métiers en gestation, des compétences à venir. Et heureusement nous
les préparons déjà.
Un autre chantier qui est devant nous, c'est celui de la fiscalité. On ne peut pas
tolérer, que dans notre pays, deux foyers qui ont les mêmes revenus, payent un impôt différent. De même qu’on ne peut pas tolérer que certains échappent à l'impôt alors que d'autres en supportent
tout le poids. Il y a, dans notre pays, un problème d'égalité devant l'impôt. Qui n'est pas qu'un problème comptable mais un problème de la République. C'est-à-dire de l'égalité, de la justice et
de l'équité. Oui, il nous faut un Grenelle de la fiscalité, un Grenelle de la justice fiscale, un Grenelle de l'égalité réelle et non plus théorique devant l'impôt, un Grenelle de l'équité entre
les territoires.
Il y a enfin un dernier chantier que je voudrais aborder aujourd’hui. C’est celui de la
diversité. On a le sentiment, puisqu'on nous le dit, que la diversité est le problème numéro 1 pour notre société...
C'est un problème si nous n'en faisons pas une solution. La diversité est une force.
C’est une force si nous croyons à la nation française et à sa capacité de
s’inventer un avenir. C’est ça, la République : de la diversité au service de
l’unité.
Mes chers Amis,
Voilà les premiers grands chantiers que nous devons ouvrir, ensemble. Il y a urgence.
Il y a urgence parce qu'une France sans projet c'est une France sans espoir. Quand la France est
désoeuvrée, la France dépérit, elle a le blues. Quand la France est désoeuvrée, elle
sombre dans la petite querelle permanente.
Pourquoi ? Parce que la France n'est pas une nation comme les autres. Elle est un
projet, elle est une action. Or, rien ne rassemble mieux les Français que l’action et un projet commun. Nous devons le construire, ce projet. Mais nous devons le construire différemment. Nous
n'arriverons à rien si nous ne changeons pas radicalement de méthode.
C'est la question du «
comment faire ? » Notre projet pour la France, c'est aussi une méthode. Les défis qui se présentent à nous sont immenses. Ils le sont d'autant plus qu'il n'existe aucune solution clé en main. Que
les solutions n'appartiennent pas à l'un ou à l'autre. Elles ne sont pas à droite, elles ne sont pas à gauche. Les solutions existent. Elles sont collectives. Elles ne tombent pas d’en haut.
Elles se construisent, elles se structurent, elles s’élaborent collectivement avec les associations, avec les organisations syndicales, avec les territoires. Puis, elles se diffusent et se
partagent. Elles s’échangent et se renforcent.
La France a besoin de réforme et a envie de réforme. Mais la réforme doit être
construite avec la société toute entière. Elle doit être portée par chacun, de toutes ses forces.
Alors, oui, il faudra bouleverser quelques habitudes. Rompre avec la pratique solitaire
du pouvoir. Il faudra partager. Partager une vision, un espoir et des rêves. Des doutes, des découragements et des difficultés.
La France a besoin d'une nouvelle gouvernance. Une gouvernance placée sous le signe de
la proximité. Sous le signe de la vérité. Des erreurs peuvent être commises. Mais les erreurs doivent être corrigées en temps réel. Je crois à l’humilité en politique. J’y crois parce que les
Français sont incroyablement tolérants et indulgents. Ils acceptent que l'on se trompe, mais ils n'acceptent pas que l'on se trompe sans projet.
L'avenir que nous allons dessiner ensemble, c'est celui d’un projet, d’une méthode,
d’une équipe et d’un capitaine.
Il y a, au fond, une seule question qui vaille aujourd'hui. Quelle France voulons-nous
préparer pour les décennies qui viennent ? Quelle France voulons-nous en 2020 ?
Une France frileuse, une France qui a peur, une France qui se replie sur son « identité
» quand le monde l'appelle, quand le monde a besoin d'elle ? Car oui, le monde a besoin de la France !
Une France qui passe son temps à regarder la religion des uns, la couleur de peau des
autres, parce qu'elle ne leur offre plus un projet commun, parce qu'elle ne leur offre plus de jouer collectif?
Une France à deux vitesses ? Celle qui s'en sort et celle qu'on abandonne? La France du
bouclier fiscal et la France des minimas sociaux ? La France du mérite et la France du privilège ? La
France du possible et la France de la fatalité ? Non, je ne veux pas de cette
France-là.
Je veux d'une France qui voit loin et d'un pays qui ose. C'est la France des grandes
filières industrielles, des ingénieurs et des ouvriers, des brevets et des usines.
C'est la France d'une école pour tous et d'une école toujours ouverte. C'est la France
de la réforme en profondeur. C'est la France qui accueille, qui encourage et qui associe. Une France qui assume sa diversité.
Ne nous y trompons pas : l’élection présidentielle ne sera pas seulement une affaire
personnelle. Ce ne sera pas seulement la rencontre entre un homme et le peuple. Ce sera une aventure collective. Car la France a besoin de retrouver le sens du jeu collectif.
Nous vivons un beau et grand moment. Un moment unique. Notre famille politique
s'apprête à se rassembler. Notre famille politique s'apprête à porter, elle-même, dans l'indépendance, son projet, ses valeurs et sa vision.
Nous remettons la Ve République à l'endroit. Regardons notre histoire : tout au long de
la Ve République, à chaque élection présidentielle, il y a eu un candidat de droite et il y a eu un candidat du centre. Et quand le centre ne présentait pas de candidat issu de ses rangs, comme
ça s'est passé en 1995, le RPR en sortait un de son chapeau... Je vous le dis aujourd'hui : en 2012, il y aura un candidat de droite et il y aura un candidat du centre... Un candidat qui portera
le projet et les valeurs de notre famille politique. Un candidat qui incarnera ce que nous sommes. Un candidat qui sera le symbole de l'Alliance des républicains, des écologistes, des
sociaux-démocrates et des libéraux... Un candidat qui ira à la rencontre des Français, poussé par cette force nouvelle qui se lève aujourd'hui. J'en appelle à tous ceux, étudiants et précaires,
artisans et agriculteurs, enseignants et parents, salariés et retraités, ouvriers et ingénieurs, ceux qui sont nés ici et ceux qui viennent d'ailleurs, j'en appelle à eux pour nous aider à bâtir
une France plus juste.
Oui, les Français ont
besoin de partager à nouveau une vision et un projet communs. Ils ont besoin de rêver la France de 2020. Ils ont besoin de la rêver et de l'espérer cette France-là.
La voilà, la France, notre République fraternelle. Elle est un projet, elle est un
chemin. Elle nous arrache à nos peurs, à nos doutes, à nos égoïsmes. Elle écarte de nous la tentation du repli. Elle nous offre le grand large et les vastes horizons. Elle nous offre
l'avenir.
Alors, avançons, avançons ensemble ! Faisons le pari de l'espoir !
Oui, nous allons proposer au pays un projet, une méthode, un espoir nouveau. Oui, nous
allons vivre cette présidentielle ensemble. J’en appelle à tous ceux, étudiants et précaires, ouvriers et agriculteurs, parents et enseignants, salariés et retraités, militants et associatifs,
qui veulent bâtir une France plus juste.
Et ensemble, nous ferons
gagner l'espoir ! Ensemble, nous ferons gagner la France !